Dimanche 4 mai 2008

La traversée de Paris se fit sur les chapeaux de roue. Callisthène avait un mal fou à suivre son guide, qui galopait comme une adolescente. Les yeux rivés sur la petite plume qui ornait le couvre-chef de la vieille dame, la jeune fille fendait la foule à vive allure. Qui eu crue que cette septuagénaire grêle et voûtée aurait eu une telle énergie ? La bouche de métro déversait dans la gare un flot ininterrompu de voyageurs, qui se dispersaient aussitôt comme une volée de moineaux. La jeune fille, bravant courageusement le flux qui tentait de l'emporter à contre courant, pénétra enfin dans le halle des grandes lignes. Le murmure de la foule, le cliquetis des valises à roulettes et les bruits de pas qui résonnaient sur le sol en pierre lui donnaient le tournis. Elle leva les yeux au ciel pour reprendre son souffle et resta interdite, émerveillée par le spectacle de cette gigantesque verrière soutenue par un savant assemblage de poutres et de colonnes métallique. L'édifice, gargantuesque, était tellement imposant que les trains alignés le long des quais faisaient figures de simples jouets.

A quelques pas de là, un groupe de trois jeunes filles, probablement des élèves de terminale, riait bruyamment. Elles portaient des vestes en tweed noire, de coupe militaire, sur des jupes plissées écossaises bleues marines. L'uniforme de St Ann ! Elle était donc arrivée. La jeune fille se retourna et parcouru du regard la foule compacte, mouvante, qui quittait le halle. Elle aurait tellement aimé remercier la vielle dame, mais en l'espace de quelques secondes, elle semblait s'être volatilisée.

Elle sorti son billet de train et commença à chercher son wagon. Beaucoup de familles étaient venues accompagner leur enfant. Certains, qui ne semblaient pas avoir plus de dix ans, roulaient des yeux effrayés, agrippés à leur mère. La jeune fille arriva finalement devant la porte indiquée sur sa réservation. Une élève, d'environ dix-sept ans, contrôlait les pensionnaires qui prenaient place dans le compartiment. Elle avait de long cheveux bruns, incroyablement raides, qui tombaient avec grâce jusqu'au bas de son dos, et un regard très doux, souligné par une frange parfaitement définie. Sur sa poitrine était épinglée une petite étoile argentée, impeccablement lustrée. Elle regarda Callisthène et lui signifia distraitement :

Les wagons des collégiens sont au début du quai, tu es allée trop loin.

Callisthène, prise au dépourvu, était devenue rouge pivoine.

Je... je suis en seconde en fait. Et, euh, c'est bien mon wagon. C'est écrit là, ici sur mon billet. Dit-elle en présentant -à l'envers- son billet de train.

La jeune fille, embarrassée par son erreur, s'excusa poliment et se présenta.

Je suis désolée, je... j'ai cru que tu étais un peu plus jeune. Quelle étourdie, je ne me suis pas présentée ! Je suis la déléguée des élèves de terminale. Dit-elle en indiquant l'étoile sur sa poitrine. Je m'appelle Thérésa. Si tu as besoin de quoi ce soit, n'hésite pas à venir me trouver.

La jeune fille avait fait très forte impression sur Callisthène, qui avait beaucoup de mal à détacher son regard. Elle avait une manière de parler, de se mouvoir, si gracieuse et naturelle, qu'il émanait d'elle une sorte de perfection.

Pas étonnant qu'elle ait été choisie pour représenter les élèves, pensa-t-elle, elle doit être très populaire.

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Samedi 3 mai 2008

Le train n'était déjà plus qu'à une heure de Paris lorsque la jeune fille ouvrit les yeux. La vieille dame, qui maniait le crochet avec une dextérité incroyable compte-tenu de son âge, la regardait en souriant. Callisthène, étouffant un bâillement, lui rendit son sourire.

Bien dormi, jeune fille ?

Elle acquiesça timidement. La présence de cette vieille dame sympathique était rassurante, et la conversation s'engagea naturellement. Cette gentille grand mère rentrait chez elle, à Paris, après des vacances en Bretagne passées avec sa fille, sa petite fille et ses deux adorables arrières petites filles. Callisthène lui parla à son tour de ses vacances, puis de sa rentrée et du périple qui l'attendait. Elle n'avait visité Paris qu'une seule fois dans le passé, et ne devait pas être âgée de plus de six ou sept ans à l'époque. La perspective de traverser toute la capitale en métro pour rejoindre la gare du Nord était véritablement terrifiante. Elle avait peur de se tromper de sens et de se retrouver perdue au beau milieu de cette ville immense. A peine avait-elle dit cela, que la vieille dame se proposa de l'accompagner jusqu'à son train, puisque, de toute façon, elle aussi devait se rendre dans le nord de Paris, et que ça ne lui ferait qu'un minuscule détours. Callisthène savait qu'elle aurait du refuser poliment, pour ne pas importuner cette inconnue, mais elle était tellement soulagée qu'elle accepta immédiatement.

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Samedi 3 mai 2008

La dernière journée des vacances s'était envolée, emportant avec elle les derniers rayons de soleil. En ce jour de rentrée, le ciel s'annonçait désespérément gris, et les esprits résolument moroses. Le grand édifice de la gare, fantomatique, trônait au milieu des champs, aspirant en silence les quelques voyageurs perdus dans la brume matinale.

Callisthène avait passé la veille à entasser ses affaires dans un gigantesque sac en toile kaki, véritable relique militaire, auquel elle s'agrippait de toute ses forces.

Elle avait choisi avec soin la tenue qu'elle portait ce matin : son jean neuf, un pull noir près du corps et ses grosses rangers. Malgré la température plutôt douce, elle avait enfilé son manteau d'hiver, évitant ainsi de gaspiller le peu d'espace que lui offrait son sac. Conformément à un rituel qu'elle s'était imposée des années auparavant, la jeune fille avait enfilé chaussettes et culotte neuve au réveil, en signe d'un nouveau départ. Elle portait également un soutien-gorge, et ce pour la première fois. Le contact de cette bande élastiquée sur son torse était quelque peu désagréable, et les bretelles, écrasées par le poids du sac à dos, s'enfonçaient dans sa peau. Malgré tout, elle se sentait incroyablement fière.

Le nez collé à la vitre, elle regardait son père qui se tenait debout sur le quai. Il commençait à regretter de ne pas avoir pris un billet pour accompagner sa fille jusqu'à Paris. C'est là bas qu'elle devait retrouver les autres élèves français qui, comme elle, allaient suivre leur scolarité dans ce pensionnat franco-anglais du nord de l'Angleterre. Le regard éperdument plongé dans les yeux de son père, la jeune fille retenait son souffle. Lorsque le quai se mit à glisser, lentement, inexorablement, elle se sentie submergée par un flot d'angoisse. Les yeux brillants de larmes, elle regardait son père disparaître au loin tandis que le train gagnait de la vitesse. En quelques instant, la gare n'était plus qu'un petit point à l'horizon.

La jeune fille renifla bruyamment, laissa échapper un long soupir et se laissa finalement retomber sur le fauteuil usé, son gros sac toujours à la main. Il était à peine cinq heures trente, et dans le train à moitié vide, régnait un calme étouffant. Une vieille dame, installée en face d'elle, regardait distraitement par la fenêtre le paysage qui défilait à vive allure. Callisthène la détailla minutieusement. Elle avait les cheveux gris, presque blanc, les yeux bleus délavés et les mains noueuses. Elle portait un manteau en tweed et un petit chapeau posé de travers son chignon. Par bien des aspects, elle lui rappelait Ms Marple, sa chère voisine. La jeune fille posa son sac à terre et se détendit peu à peu. Le cliquetis régulier du train et le ronron des machines eurent rapidement raison de sa belle énergie. Épuisée par une trop courte nuit de sommeil, elle s'assoupie profondément.

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Mon rythme de publication s'est quelque peu ralenti, le temps me manque. J'espère que vous ne m'en voudrez pas !

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Samedi 26 avril 2008

La jeune fille s'installa à son bureau et, sous le regard attentif de son bienfaiteur, déballa l'ordinateur. L'écran, malgré sa petite taille, était lumineux et très agréable à regarder. La jeune fille faisait courir à toute allure ses doigts sur les minuscules touches du clavier, ponctuant le silence de cliquetis réguliers. Pour communiquer avec l'autre ordinateur de la maison, le petit portable avait besoin d'un nom, elle le baptisa donc Edelweiss, en hommage à sa coque blanc laqué, brillante comme de la glace. En moins de dix minutes, elle était déjà familiarisée avec l'interface de ce nouveau système et activait les fonctionnalités avancées. Son père, bien moins à l'aise avec les technologies modernes, la regardait faire dans un silence religieux. Toute petite déjà, elle pianotait sur l'antique ordinateur du salon, découvrant des fonctionnalités dont il n'aurait jamais soupçonné l'existence.

Après plusieurs minutes passées à explorer différent menus d'administration, Callisthène se leva et expliqua d'un ton enjoué :

Il faut que j'utilise ton ordinateur pour configurer le point d'accès wifi, ensuite je pourrais avoir internet partout dans la maison avec.

Son père la regarda passer devant lui, une pointe de fierté et d'admiration dans le regard. Se sentant légèrement inutile, il décida d'aller préparer le repas. Black Pearl, dont l'intérêt pour l'informatique était tout aussi limité, faisait les cents pas devant la cuisine s'indignant.

Le soirée était placée sous le signe de la bonne humeur et de l'insouciance, et ce n'est seulement tard le soir que la jeune fille senti son coeur se serrer à l'idée de tout ce qui l'attendait dans les jours à venir. Elle se rassurait en pensant à son téléphone, qui lui permettrait de garder un lien constant avec son père. Malgré tout, elle restait anxieuse.

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Vendredi 25 avril 2008

Le fin de l'après-midi fut ponctué par les achats de manuels scolaires, de livres et de diverses fournitures de papeterie. C'est lourdement chargés, complètement épuisés, mais victorieux, qu'ils regagnèrent la maison. Callisthène se précipita dans sa chambre pour déballer sur son lit l'ensemble de ses achats. Leur volume était tellement impressionnant, qu'elle se demandait comment elle allait bien pouvoir emporter tant de choses avec elle.

Elle examinait en détails ses petits soutiens-gorge quand son père frappa à la porte. Elle eu juste le temps de les dissimuler avant qu'il n'entre dans la pièce. Il tenait à la main deux petits paquets, maladroitement enveloppés dans du papier cadeau vert pomme, sur lequel s'étalait de gros motifs végétaux. La jeune fille repoussa les affaires étalées sur le lit pour permettre à son père de s'installer confortablement à côté d'elle. Il arborait un sourire malicieux, très fier de sa surprise. Black Pearl, curieux lui aussi, s'était approché et regardait avec envie les petits rubans satinés qui s'agitaient au moindre petit mouvement.

La jeune fille commença à déballer le premier paquet avec soin, ce malgré l'impatience et l'excitation qui s'étaient emparés d'elle. Le coeur battant à tout rompre, elle saisi la boîte posée à l'envers sur ses genoux et la retourna lentement. Elle découvrit alors un élégant téléphone portable, d'un blanc nacré délicat. Ébahie, elle regardait tour à tour le téléphone, son père, le téléphone, son père... Les mots lui manquaient.

Lorsqu'elle déchira le papier du second paquet, et qu'elle en devina le contenu, ses mains se mirent à trembler. Avant même d'ouvrir boîte, elle se jeta au cou de son père, très émue. Elle savait tous les sacrifices qu'un pareil cadeau lui avait coûté. Il s'agissait en effet d'un petit ordinateur portable, ultra léger, de ceux qui sont à peine plus grand qu'une feuille pliée en deux.

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