La dernière journée des vacances s'était envolée, emportant avec elle les derniers rayons de soleil. En ce jour de rentrée, le ciel s'annonçait désespérément gris, et les esprits résolument
moroses. Le grand édifice de la gare, fantomatique, trônait au milieu des champs, aspirant en silence les quelques voyageurs perdus dans la brume matinale.
Callisthène avait passé la veille à entasser ses affaires dans un gigantesque sac en toile kaki, véritable relique militaire, auquel elle s'agrippait de toute ses forces.
Elle avait choisi avec soin la tenue qu'elle portait ce matin : son jean neuf, un pull noir près du corps et ses grosses rangers. Malgré la température plutôt douce, elle avait enfilé son manteau
d'hiver, évitant ainsi de gaspiller le peu d'espace que lui offrait son sac. Conformément à un rituel qu'elle s'était imposée des années auparavant, la jeune fille avait enfilé chaussettes et
culotte neuve au réveil, en signe d'un nouveau départ. Elle portait également un soutien-gorge, et ce pour la première fois. Le contact de cette bande élastiquée sur son torse était quelque peu
désagréable, et les bretelles, écrasées par le poids du sac à dos, s'enfonçaient dans sa peau. Malgré tout, elle se sentait incroyablement fière.
Le nez collé à la vitre, elle regardait son père qui se tenait debout sur le quai. Il commençait à regretter de ne pas avoir pris un billet pour accompagner sa fille jusqu'à Paris. C'est là bas
qu'elle devait retrouver les autres élèves français qui, comme elle, allaient suivre leur scolarité dans ce pensionnat franco-anglais du nord de l'Angleterre. Le regard éperdument plongé dans les
yeux de son père, la jeune fille retenait son souffle. Lorsque le quai se mit à glisser, lentement, inexorablement, elle se sentie submergée par un flot d'angoisse. Les yeux brillants de larmes,
elle regardait son père disparaître au loin tandis que le train gagnait de la vitesse. En quelques instant, la gare n'était plus qu'un petit point à l'horizon.
La jeune fille renifla bruyamment, laissa échapper un long soupir et se laissa finalement retomber sur le fauteuil usé, son gros sac toujours à la main. Il était à peine cinq heures trente, et
dans le train à moitié vide, régnait un calme étouffant. Une vieille dame, installée en face d'elle, regardait distraitement par la fenêtre le paysage qui défilait à vive allure. Callisthène la
détailla minutieusement. Elle avait les cheveux gris, presque blanc, les yeux bleus délavés et les mains noueuses. Elle portait un manteau en tweed et un petit chapeau posé de travers son
chignon. Par bien des aspects, elle lui rappelait Ms Marple, sa chère voisine. La jeune fille posa son sac à terre et se détendit peu à peu. Le cliquetis régulier du train et le ronron des
machines eurent rapidement raison de sa belle énergie. Épuisée par une trop courte nuit de sommeil, elle s'assoupie profondément.
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Mon rythme de publication s'est quelque peu ralenti, le temps me manque. J'espère que vous ne m'en voudrez pas !
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