Prélude

Au jour le jour, je publie des morceaux de récits. Si parcourez mes écrits en remontant le temps... vous risquez de vous sentir un peu perdus. Rendez-vous à la bibliothèque pour lire dans l'ordre !

Vendredi 25 avril 2008

Le fin de l'après-midi fut ponctué par les achats de manuels scolaires, de livres et de diverses fournitures de papeterie. C'est lourdement chargés, complètement épuisés, mais victorieux, qu'ils regagnèrent la maison. Callisthène se précipita dans sa chambre pour déballer sur son lit l'ensemble de ses achats. Leur volume était tellement impressionnant, qu'elle se demandait comment elle allait bien pouvoir emporter tant de choses avec elle.

Elle examinait en détails ses petits soutiens-gorge quand son père frappa à la porte. Elle eu juste le temps de les dissimuler avant qu'il n'entre dans la pièce. Il tenait à la main deux petits paquets, maladroitement enveloppés dans du papier cadeau vert pomme, sur lequel s'étalait de gros motifs végétaux. La jeune fille repoussa les affaires étalées sur le lit pour permettre à son père de s'installer confortablement à côté d'elle. Il arborait un sourire malicieux, très fier de sa surprise. Black Pearl, curieux lui aussi, s'était approché et regardait avec envie les petits rubans satinés qui s'agitaient au moindre petit mouvement.

La jeune fille commença à déballer le premier paquet avec soin, ce malgré l'impatience et l'excitation qui s'étaient emparés d'elle. Le coeur battant à tout rompre, elle saisi la boîte posée à l'envers sur ses genoux et la retourna lentement. Elle découvrit alors un élégant téléphone portable, d'un blanc nacré délicat. Ébahie, elle regardait tour à tour le téléphone, son père, le téléphone, son père... Les mots lui manquaient.

Lorsqu'elle déchira le papier du second paquet, et qu'elle en devina le contenu, ses mains se mirent à trembler. Avant même d'ouvrir boîte, elle se jeta au cou de son père, très émue. Elle savait tous les sacrifices qu'un pareil cadeau lui avait coûté. Il s'agissait en effet d'un petit ordinateur portable, ultra léger, de ceux qui sont à peine plus grand qu'une feuille pliée en deux.

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par Clarissandre publié dans : Raconte moi une histoire
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Mercredi 23 avril 2008

Elle se dirigea alors discrètement vers le rayon lingerie du grand magasin. Cette profusion de couleurs, de dentelles et de rubans la mettait plutôt mal à l'aise. Elle effleura du bout des doigts le tissu soyeux et richement orné d'un soutien-gorge en dentelles noires. A cet instant précis, une vendeuse d'un certain âge surgit derrière elle, et l'aborda.

Mademoiselle, puis je vous aidez ?

La jeune fille était terrifiée. Lançant des regards affolés autour d'elle, les mains crispées sur son petit sac, elle balbutia :

Je... je regarde.

La toisant du regard, et devinant son embarra, la vendeuse l'entraîna dans un rayon situé à un peu à l'écart, à l'abri des regards. Une collection de sous vêtements en coton, aux coloris pastels et aux formes simples, y étaient présentée. Le regard de la jeune fille se posait tour à tour sur la multitude de modèles, elle ne savait absolument pas quoi choisir. La vendeuse, restée légèrement en retrait jusqu'à  lors, s'approcha.

C'est pour vous ? Votre premier, n'est-ce pas ?

Sentant le regard inquisiteur de la femme sur son absence de poitrine, Callisthène devint écarlate. Elle était au bord des larmes et avait envie de s'enfuir en courant. Elle se sentait humiliée. Mais elle avait déjà fait une grande partie du chemin et il aurait été dommage de reculer maintenant, si près du but. Incapable d'articuler le moindre mot, elle se contenta de hocher la tête. La vendeuse, armée d'un mètre ruban, prit les mesures de la jeune fille, ainsi que le contrôle des opérations. Elle lui présenta trois modèles, de facture légère, sans armature. Le premier était blanc, parsemé de petites cerises rouges, le second écru, à fines rayures, et le dernier bleu ciel, uni, bordé d'une petite dentelle blanche.

La jeune fille pénétra dans une cabine puis retira son t-shirt. Elle surveillait craintivement le rideau, seul rempart entre son torse dénudé et le monde extérieur. Elle agrafa un premier soutiens-gorge autour de son ventre et se tortilla pour le faire remonter. Il était bien trop grand et bavait complètement. Effondrée, elle voyait ses rêves et ses espoirs s'envoler. Dehors, la vendeuse attendait, attentive. Elle demanda :

Tout ce passe bien ? Je peux t'aider si tu veux.

Ce que Callisthène s'empressa de refuser, complètement paniquée à l'idée de devoir se montrer ainsi. Elle enfila le second, mais c'était encore pire. De grosses larmes roulèrent sur ses joues. Lorsque la vendeuse réitéra sa question, la jeune fille ne parvint plus à contenir ses émotions et se mis à sangloter. La femme entrouvrir le rideau et se glissa dans la cabine avec elle. Constatant les dégâts, elle commença par ajuster les bretelles, améliorant ainsi considérablement le résultat. Elle détailla sans retenue le corps de la jeune fille et ressorti de la cabine sans dire un mot. Callisthène, anéantie, n'avait pas bougé d'un millimètre lorsque la femme se glissa à nouveau à ses côtés, deux nouveaux modèles à la main. Ces derniers avaient une petite armature métallique et une forme très arrondie.

Je pense que ceux-ci t'iront mieux. Et ne t'inquiète pas, nous allons trouver. Je te laisse essayer... Lui dit elle en s'éclipsant.

Sans conviction, la jeune fille attacha un soutien-gorge blanc bordé de dentelles. A son plus grand étonnement, il lui allait presque. L'arrondi soulignait sa poitrine naissante, esquissant les premières rondeurs de sa future silhouette. Elle entrouvrit timidement le rideau. La vendeuse, radieuse, se précipita à l'intérieur pour ajuster les derniers réglages. Elle lui avait trouvé exactement le bon modèle. Le second, bleu pâle, était identique à quelques détails près. Callisthène l'essaya également, et constata qu'il lui allait tout aussi bien. Les trouvant tous les deux très jolis, elle ne parvenait pas à arrêter son choix. Après un rapide calcul, elle conclu qu'il lui restait assez d'argent pour se payer les deux, et décida de ne pas choisir. Elle jeta un oeil à sa montre. L'heure était passée depuis longtemps et son père devait être en train de la chercher partout. Affolée, elle se rhabilla en quatrième vitesse et bondit hors de la cabine. A peine ses achats réglés, elle s'élança en courant à travers les rayons du grand magasin. Elle enfourna subrepticement le petit sachet sous le jean avant que son père ne le remarque et ne la questionne. Elle n'avait aucune envie de parler de ça avec lui...

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***

Je me souviens encore de mon tout premier... Il était bleu ciel, forme triangle, avec de petits motifs roses et une seule aggrafe au dos. Et vous, mesdames ?

par Clarissandre publié dans : Raconte moi une histoire
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Mercredi 23 avril 2008

La journée s'enchaîna à un rythme effréné. De rue en rue, un magasin après l'autre, les sacs bariolés s'accumulaient. Un pull bien chaud, un pantalon, quelques t-shirts, deux pyjamas d'hiver, une paire de chaussures de sport et un manteau long constituaient le lourd butin de leur périple. Ils commençaient à être vraiment encombrés, et décidèrent de se séparer pour quelques instants. Elle irait acheter son jean seule pendant qu'il retournait à la voiture déposer les paquets.

A vive allure, la jeune fille furetait dans les rayons du rez-de-chaussée. Elle constitua une pile de jeans de tailles différentes et s'engouffra dans une cabine étriquée, fermé par un lourd rideau rouge. Après avoir retiré ses énormes chaussures, des espèces de rangers, et posé ses affaires en équilibre sur le tabouret, elle enfila un premier jean. Ce dernier s'avéra beaucoup trop large. Elle extirpa alors de la pile la plus petite taille qu'elle avait pu trouver et l'essaya. Elle fit un pas en arrière se regarda d'un oeil critique dans l'étroit miroir. La ceinture du pantalon reposait sur ses hanches, laissant deviner sous le tissu la forme saillante de ses os. Le jean, légèrement évasé, soulignait avec élégance ses jambes fines et élancées. Le verdict était sans appel : il était parfait.

Après avoir dilapidé une grande partie de ses économies cet achat, elle consulta sa montre : il lui resterait encore une dizaine de minutes de liberté avant que son père ne la rejoigne.

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Mardi 22 avril 2008

Lorsque l'on frappa à la porte, la matinée était déjà bien entamée. Callisthène ouvrir lentement un oeil, puis l'autre. La chambre était inondée de lumière, perdue dans ses pensées, elle avait oublié de fermer les volets. Son père entrouvrir la porte.

Il va falloir que tu te lèves, Cali, nous avons beaucoup de choses à faire aujourd'hui.

Une petite voix ensommeillée émergea des couvertures.

J'arrive... laisse moi encore cinq minutes s'il te plaît.

Il n'insista pas et descendit préparer le petit déjeuner. La jeune fille s'étira longuement dans son lit, en baillant. Complètement éblouie, elle ne parvint à ouvrir les yeux qu'une fois assise. Elle tendit l'oreille. Une mélodie étouffée, douce et mélancolique, lui parvenait depuis le rez-de-chaussée. Elle se leva, rassembla ses cheveux en pagaille en un chignon désordonné, et descendit. Un bol de chocolat brûlant l'attendait sur la table. Son père se tenait là, debout au beau milieu du salon, une tartine à la main, une tasse de café dans l'autre. Il avait l'air aussi peu réveillé que sa fille.

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Lundi 21 avril 2008

La jeune fille enfourna ses vêtements dans la panière à linge sale et sorti de la salle de bain en courant, entortillée dans une minuscule serviette de toilette. Les empreintes de ses pieds mouillés sur le parquet du couloir dessinaient une piste éphémère jusqu'à sa chambre. Les cheveux encore humides, elle enfila un pyjama court en coton, d'un bleu lavande terni par le temps, sur lequel batifolait un troupeau de petits moutons stylisés. Ses boucles noires s'égouttaient doucement, constellant le tissu de petites tâches sombres. Elle retourna dans la salle de bain pour se brosser les dents. Le carrelage détrempé était terriblement glissant. La jeune fille  jeta une serpillière au sol et l'essuya du bout du pied tandis qu'elle finissait sa toilette.

La fatigue accumulée de la journée commençait à se faire sentir. De retours dans sa chambre, elle se laissa tomber mollement sur son lit, étouffant un bâillement. Lorsque sa tête heurta le coin de la boîte en métal toujours cachée sous l'oreiller, elle laissa échapper un juron. Elle l'avait complètement oubliée. Avant de replacer ses précieux secrets en lieu sûr, sur le sommet de l'armoire, elle transféra ses économies dans le petit sac bandoulière pendu derrière la porte.

Elle resta un long moment dans le noir, les yeux grands ouverts. Elle était trop énervée pour dormir, partagée entre un sentiment d'impatience et d'appréhension. Plus que deux jours pour tout préparer, et ensuite, ce serait le grand départ... A cette pensée, Callisthène senti son estomac se nouer. Elle devait l'admettre, tous ces bouleversements dans sa vie lui faisait peur. Black Pearl, surgissant de nul part, bondit sur le lit en ronronnant. Ses manières pataudes de chat, ses coups de langue râpeuse distribués au hasard et ses longues moustaches chatouilleuses arrivaient à point nommé. Oubliant l'angoisse qui commençait à s'insinuer en elle, la jeune fille ferma les yeux et se laissa bercer par le ronronnement régulier du félin.

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